Replay du Webinaire 2 – « Aliments du passé, aliments du futur – Investir dans les espèces négligées et sous-utilisées pour des systèmes alimentaires sains et la prévention des maladies non transmissibles »

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Dans le cadre du projet Forgotten Foods for the prevention of diet-related NCDs in Cameroon, labelisé par le Festival One Health, l’ILK du CRIC et CA4SFC ont organisé leur deuxième webinaire qui s’est tenu le vendredi 3 avril 2026 de 14h00 à 16h00 (GMT+1), sur le thème : « Aliments du passé, aliments du futur – Investir dans les espèces négligées et sous-utilisées pour des systèmes alimentaires sains et la prévention des maladies non transmissibles« . Animé par Boris Metsagho Mekontcho, les différentes interventions ont permis de mettre en lumière la contribution potentielle des espèces négligées et sous-utilisées à la transition vers des systèmes alimentaires durables et la prévention des maladies non transmissibles.

Session 1 : les atouts et contraintes du développement des cultures négligées et sous-utilisées au Cameroun : une analyse sociologique

Albert Faraja, Docteur en Science politique de l’Université de Dschang et chercheur principal au CRIC, prenant la parole comme premier intervenant a fait le constat selon de la dépendance du Cameroun à trois principales cultures : le maïs, le riz et le blé : « En 2022, le Cameroun a consacré 965,3 milliards de francs CFA aux importations alimentaires. Plus de 470 milliards de cette somme sont partis uniquement pour acheter du blé et du riz à l’étranger. Ce sont les données de l’Institut National de la Statistique, publiées en 2023 ».

  Ce chiffre devient sociologiquement problématique lorsqu’on le confronte à une autre réalité. Le Cameroun est l’un des pays d’Afrique les mieux dotés sur le plan agroécologique. Ce territoire est capable de produire une gamme extraordinairement diverse de cultures vivrières adaptées à chaque contexte climatique. Et pourtant, malgré cette richesse productive potentielle, l’État camerounais finance structurellement sa propre dépendance alimentaire vis-à-vis des marchés extérieurs. Ce qu’il appelle un « paradoxe agro-politique : une abondance écologique qui coexiste avec une dépendance économique croissante ». Et ce paradoxe a des conséquences humaines directes et mesurables. En outre, il fait remarquer que « depuis plusieurs années, on assiste à une substitution progressive des aliments locaux par des produits importés, principalement le riz blanc et les pâtes de blé, qui sont énergétiquement suffisants mais nutritionnellement appauvris. Cette substitution produit ce que la FAO qualifie, depuis son rapport de 2018, de « faim cachée » : « Ce n’est pas une crise visible. Ce n’est pas une crise que l’on peut photographier. C’est une crise silencieuse des corps, qui affaiblit progressivement les capacités biologiques et sociales des populations, sans que les politiques publiques ne l’entendent vraiment ». C’est dans ce contexte qu’il explore les atouts dont regorgent les espèces négligées et sous-utilisées.  Ces cultures que l’Alliance Bioversity-CIAT appelle aliments du futur, forment au Cameroun un réservoir agricole exceptionnel et largement inexploité. Il pose la question suivante : « Dans quelle mesure le développement des NUS peut-il constituer le socle d’une souveraineté alimentaire durable, tout en déconstruisant les verrous institutionnels, culturels et normatifs qui reproduisent leur marginalisation au Cameroun ?

Revivre les enseignements de cette communication :  ICI

Session 2 : Un super-aliment présentant un grand potentiel pour lutter contre les carences nutritionnelles et prévenir les maladies chroniques : l’amarante

Yoganie Yemo Ngouegni, doctorante en Biotechnologies Végétales et directrice exécutive de la Cameroonian Association for Safeguarding Forgotten Crops (CA4SFC) à explorer un super-aliment présentant un grand potentiel pour lutter contre les carences nutritionnelles et prévenir les maladies chroniques : l’amarante.

 Les résultats issus d’une recherche bibliométrique, montrent que l’amarante, un légume négligé et sous-utilisé, apparaît donc comme une ressource polyvalente au potentiel immense, tant en agriculture durable, en nutrition qu’en médicine.

La chercheure recommande que : « Grâce à une recherche soutenue, à l’innovation et à la reconnaissance de ses multiples bienfaits, l’amarante peut contribuer significativement à l’amélioration de la santé humaine, à la résolution des problèmes de sécurité alimentaire, à la promotion des initiatives de développement durable ».

Selon elle, « L’intégration de la culture d’amarante dans les systèmes agricoles peut contribuer à six objectifs de développement durable : 1-Faim Zéro ; 2-Bonne santé et bien-être des personnes ; 3-Egalité des sexes ; 4-Travail décent et croissance économique ; 5-Consommation et production responsables ; 6-action climatique ».

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Session 3 : Les femmes rurales de l’Ouest du Cameroun : gardienne des savoirs et de la biodiversité alimentaire

Hélène Diane Nono, docteur en science politique de l’Université de Douala, Chercheure associée au CRIC, prenant la parole à mis en lumière le rôle clé des femmes rurales de l’Ouest du Cameroun comme gardienne des savoirs et de la biodiversité alimentaire.

Elle a montré que dans un contexte marqué par des défis climatiques, économiques et sociaux croissants, les femmes demeurent un pilier essentiel des systèmes agroalimentaires. Ces dernières interviennent à toutes les étapes de la chaîne alimentaire, depuis la production jusqu’à la consommation, en passant par la transformation et la commercialisation. Au-delà de leur rôle économique, les femmes sont également les dépositaires de savoirs locaux riches et diversifiés, liés à la gestion de la biodiversité, à la conservation des semences et à la valorisation des ressources alimentaires. « Cette dimension est particulièrement visible dans leur implication dans la gestion des espèces négligées et sous-utilisées ». Ces espèces, encore marginalisées par les politiques agricoles dominantes, constituent pourtant un levier stratégique pour la diversification alimentaire, la résilience climatique et la sécurité nutritionnelle.

Ainsi, les femmes apparaissent comme les véritables architectes de la nutrition au Cameroun. Par leurs savoirs culinaires, elles assurent non seulement la transformation des espèces négligées et sous-utilisées, mais aussi leur intégration dans des régimes alimentaires diversifiés et équilibrés. Elles contribuent à la fois à la sécurité nutritionnelle, à la préservation de la biodiversité et à la valorisation culturelle des aliments locaux, faisant d’elles un pilier incontournable des systèmes alimentaires durables.

Cependant, malgré cette contribution déterminante, la chercheure montre que les femmes restent confrontées à de multiples contraintes. L’accès limité à la terre, au crédit, aux technologies et aux formations, ainsi que la persistance des normes socioculturelles défavorables, limitent leur capacité d’action et leur reconnaissance.

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