Albert Faraja Ciringa désormais Docteur en Science politique de l’Université de Dschang, Cameroun

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Albert Faraja Ciringa, étudiant au doctorat en Science politique à l’Université de Dschang au Cameroun et chercheur au CRIC, a soutenu avec brio sa thèse le mercredi 29 avril 2026. Sa recherche préparée sous la direction de Joseph Keutcheu, (Professeur Agrégé de Science Politique, Université de Dschang), est intitulée : « La politique de lutte contre le changement climatique en RDC : transfert et circulation d’une action publique ».

Problème de recherche :

Le candidat part du constat selon lequel dans un « contexte de mondialisation croissante, les politiques publiques ne se fabriquent plus uniquement dans les frontières nationales. Elles circulent, s’imposent ou se négocient entre espaces nationaux et internationaux.

Le changement climatique illustre particulièrement cette réalité : il est un problème global qui mobilise des solutions universelles, pourtant leur mise en œuvre dépend largement de contextes locaux profondément différenciés ». La République Démocratique du Congo constitue ici un cas particulièrement révélateur. Elle abrite une part majeure des forêts du bassin du Congo, ce qui en fait un acteur écologique stratégique mondial. Mais elle reste en même temps institutionnellement fragile et fortement dépendante des financements extérieurs. Cette tension entre centralité environnementale et dépendance structurelle pose un problème analytique majeur et justifie pleinement le choix de ce terrain.

Le nouveau docteur montre que la République Démocratique du Congo constitue ici un cas particulièrement révélateur. Elle abrite une part majeure des forêts du bassin du Congo, ce qui en fait un acteur écologique stratégique mondial. Mais elle reste en même temps institutionnellement fragile et fortement dépendante des financements extérieurs. Cette tension entre centralité environnementale et dépendance structurelle pose un problème analytique majeur et a justifié pleinement le choix de ce terrain.

La question de recherche qui a guidé le fil conducteur de sa recherche est la suivante : comment s’opère la mise en politique de la lutte contre le changement climatique en République Démocratique du Congo ?

Un cadre théorique reposant sur les Policy Transfer Studies et le constructivisme des problèmes publics

Pour répondre à la question de recherche posée, Albert Faraja Ciringa mobilise une articulation de deux approches complémentaires : D’une part, les Policy Transfer Studies de Dolowitz et Marsh, pour décrypter la circulation des politiques publiques, des instruments et des normes d’un espace politique à un autre, en mettant en évidence les mécanismes du transfert, les acteurs impliqués et les modalités de circulation volontaires ou contraintes par des rapports de dépendance et de conditionnalité.

D’autre part, l’approche constructiviste des problèmes publics, pour comprendre comment le changement climatique a été progressivement défini, cadré et légitimé comme enjeu politique global, à travers le rôle des acteurs scientifiques, institutionnels et politiques dans la production des catégories de perception et la mise à l’agenda du problème climatique. Cette double articulation lui a permis de faire une lecture à deux niveaux : la construction du problème climatique lui-même, puis les mécanismes concrets de sa circulation et de sa transformation dans le contexte congolais.

Une méthodologie qualitative  

Sur le plan méthodologique, le chercheur a mobilisé une démarche qualitative combinant une analyse documentaire des conventions internationales et textes législatifs nationaux, des observations de terrain au sein de structures étatiques, d’organisations internationales et d’ONG environnementales, 84 entretiens semi-directifs menés auprès d’acteurs institutionnels, internationaux et communautaires, et un traitement de l’ensemble du corpus par analyse thématique via le logiciel NVivo. Son cadre temporel couvre la période allant de 1992 à 2023.

Au terme de ces analyses, le candidat a abouti aux résultats suivants :

Premièrement, le transfert des idées climatiques vers la RDC passe par des canaux diplomatiques multiformes COP, organisations internationales, organisations régionales combinant transferts coercitifs et volontaires, dans lesquels les asymétries de pouvoir entrent Nord et Sud structurent profondément les modalités de négociation et de réception des normes.

Deuxièmement, l’État congolais adopte une logique d’extraversion stratégique : il affiche une conformité formelle aux standards internationaux pour sécuriser les financements climatiques, tout en préservant les équilibres politiques internes nécessaires à sa stabilité. Les élites nationales captent une partie des ressources climatiques, les secteurs extractifs contournent certains engagements de conservation, et les administrations locales développent des formes de résistance discrète aux injonctions du centre.

Troisièmement, la mise en œuvre produit des formes de régulation hybrides où les acteurs locaux autorités coutumières, communautés, ONG, opérateurs privés adaptent, négocient ou détournent les normes importées en fonction de leurs propres logiques d’intérêt et des réalités du terrain. Les cas de Maï-Ndombe et du Kwilu illustrent concrètement que ces résistances locales ne sont pas de simples dysfonctionnements, mais des réponses rationnelles à des dispositifs perçus comme marginalisant les intérêts des communautés concernées.

Quatrièmement, on observe un échec d’apprentissage organisationnel : bricolage institutionnel, dépendance au sentier, fragmentation décisionnelle et gouvernance largement symbolique où les discours de conformité masquent une faiblesse opérationnelle persistante. Les instruments s’empilent sans produire de cohérence d’ensemble, dans une logique de type « boîte de déchets » où les dispositifs sont ajoutés sans être réellement intégrés.

Ces résultats ont conduit le candidat à formuler quelques pistes susceptibles d’améliorer la gouvernance climatique en RDC :

Premièrement, pour les communautés locales : la mise en place de mécanismes participatifs réels dans la prise de décision climatique, la reconnaissance des savoirs traditionnels dans la gouvernance forestière, et le développement de budgets participatifs pour les territoires concernés.

Deuxièmement, pour l’État congolais : une décentralisation effective de la gouvernance climatique, une réforme administrative des structures dédiées, une diversification des sources de financement pour réduire la dépendance aux bailleurs extérieurs, et l’instauration d’une fiscalité carbone socialement acceptable.

Troisièmement, pour les partenaires internationaux : abandonner les logiques de conditionnalité unilatérale au profit de formes d’appui fondées sur la co-construction et le respect de la souveraineté des États. Des instruments concrets peuvent accompagner cette transformation : paiements pour services environnementaux décentralisés, coopératives locales de gestion forestière, mécanismes de transparence numérique et renforcement des centres de recherche nationaux sur le climat.

Cette thèse contribue à une meilleure connaissance de la mise en politique de lutte contre le changement climatique en République Démocratique du Congo et aborde une question cruciale et d’actualité à l’intersection des politiques publiques, de la gouvernance et des défis environnementaux.

Nous transmettons mes sincères félicitations au Dr Faraja pour cette réussite.

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